La Parole errante, Montreuil, in festival Rencontres Chorégraphiques de Seine Saint-Denis

La musicienne s’installe à cour, dans un fouillis de vêtements. Sombre, austère, elle accorde doucement son instrument tandis qu’une jeune guerrière déménage des étendards de tissus déchirés. Bariolée et fantasque, elle a la gestuelle brusquée des filles de banlieue quand elles craignent de ne pas être prises au sérieux. Il faut dix minutes pour que commence le chant, grave, profond, sombre. Deux femmes en niqab se livrent à un combat entre kung-fu et guerre des étoiles et la première danseuse revient en talons très hauts trainant par une corde une femme. La pièce bascule alors. La femme soumise et animalisée se livre à une ronde de derviches qui, par la vertu de la force centrifuge, relevant les jupons, offre un strip-tease extraordinaire. Elle finit nue, et libre. Ainsi Mark Tompkins assimile la contrainte vestimentaire à un asservissement dont il faut se libérer. L’étonnant final n’est que la confirmation inversée de ce strip-tease libératoire : les trois interprète s’y couvrent de tout les vêtements possibles jusqu’à en apparaître informes. Une remarquable pièce politiquement incorrecte, portée sur un imaginaire orientaliste revu par la libération de la femme tandis que la musique parle gravement de guerre et d’exil.

A noter,
Trio féminin avec accompagnement d’une musicienne au Oud, cette création de Mark Tompkins reprend les principes d’interrogation du genre caractéristiques du chorégraphes. On se souvient qu’Animal, existe en version « Mâle » (2005) et « Femelle » (2007) et pièce qui inventait déjà pour partie un genre d’orient mythique. Plus avant dans la carrière du chorégraphe, on se souvient de Trahison Men (1985) puis Trahison Women (1986). Paradoxe, dans la présente pièce, la question féminine apparaît dans l’absence de l’homme. A quand un Le Printemps « Mâle »?

Une référence,
Signée de l’irremplaçable Jean-Louis Badet, la scénographie, en grands parallélogrammes aveugles et clairs, évoque la casbah ou une médina, mais aussi Nocturnes (2012) de Maguy Marin, pièce portée elle-aussi par un puissant imaginaire méditerranéen et d’exil.

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