Théâtre National; Bruxelles

La soirée enchaîne deux pièces. L’Escalier rouge dont c’est la création, et Radioscopie créé pour l’ouverture de Mons capital de la culture 2015.

Pour L’Escalier rouge, un grand drap barre la moitié du plateau, un autre le fond, un troisième barre la coulisse côté cour. Au dessus un espace de projection pour un film montrant  un couple qui fuit dans un bâtiment désert. Pas d’explication. Les deux protagonistes (la chorégraphe et David Drouard, puissant et très juste) interviennent par intermittences sur le plateau pour une danse sensuelle et inquiètes. Il ne s’agit de témoignages concrets du film (certaines images sont tournées en directes mais hors champs), mais d’une manière de traduction physique de l’angoisse dont témoigne les images. On reste sur ce mystère en regrettant seulement que la danse ne prenne pas plus de place que l’image.

Pour Radioscopie l’accent est finement posé sur la mise en abyme du propos. Le décor reproduit la façade du lieu ou vie et travaille la chorégraphe. Or à la porte de ce studio que le film se présente un étranger qui force le passage et s’introduit dans les lieux. L’investissement est donc à la fois fantasmé (l’image) et réel le plateau. Quoique les choses soient plus complexes… L’intimité étant aussi dévoilée au plateau dans une série de solos (de la chorégraphe) puis de duo avec lsael Mata (qui danse au plateau son rôle à l’écran et réciproquement). L’ensemble est très brillant, inquiétant à souhait puisque tout repère est brouillé. Le propos pourrait être resserré et la référence à l’interview de Conrad Detrez par Jacques Chancel pour l’émission Radioscopie (explication du titre) est assez secondaire.

A noter,
Le fait est rare : les décors très élaborés sont remarquables. Déjà superbes dans Hors-champs (2013), ces décors hyper-réalistes mobiles introduisent un réel trouble et il faut reconnaître que l’atelier décor du Théâtre National s’est surpassé. Le bout de façade du studio où répète Michèle Noiret (visible à l’écran si l’on ose dire) semble réellement détaché et posé sur le plateau devant nous. Du bel ouvrage!

Une référence,
Ces deux pièces appartiennent à la série de « courts-métrages scéniques » que Michèle Noiret développe depuis Minutes opportunes (2010) puis Hors-Champ. A chaque fois, l’image en directe intervient pour brouiller le sens de la réalité.

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