Hexagone Scène Nationale; Meylan
La scénographie annonce la construction de la pièce. Au bas de jardin, une tapis de 56 briques en terre crue; les musiciens sont derrière. A cour, un vaste sol de briques cuites, plus en arrière, un genre de socle. Un peu plus tard, un autre ensemble de brique apparaît en fond de scène. Cette création est en effet constituée de deux pièce. La première est un solo intitulé Terre. Dans une pénombre douce, elle entre à demi-nue sur le tapis de terre crue. Ce solo dansé par Annabelle Bonnéry elle-même fonctionne comme un accelerando : danser sur les briques avant que l’eau qui s’infiltre ne dissolve la construction. Légèrement précieuse au début, la gestuelle devient urgente autant qu’instable puisque les briques se délitent. Elle en tombe dans ce qui devient la boue. Elle s’y englue, y finit enveloppée dans un suaire. Elle a été rattrapée par l’inexorable de la dégradation, par le retour à la boue. C’est beau et doucement tragique.
La seconde pièce s’intitule Two, seul. C’est le duo sentimental un peu convenu entre elle et lui (Nuria Navarra, Romuald Kabore). Sur le tapis de brique, confrontation de gestuelle, rencontres, construction d’un mur… Mais il y a la musique. C’est une étonnante transcription du Stabat Mater de Vivaldi pour contre-ténor et deux instruments, une violoncelliste et une accordéoniste. Le drame devient intime, la douleur proche. Evidemment, le corps enveloppé dans son linceul à jardin justifie la musique, moins le duo qui ne s’ajuste pas complètement à la force tragique de la partition. D’autant que Serge Kakudji, le chanteur, est aussi un acteur-danseur impressionnant mais pas clairement impliqué dans la composition de ce qui reste un duo.

A noter,
Lors des premières représentations, la construction en deux parties n’a pas été complètement assumée. Le regard se perdait donc entre le tableau tragique et statique d’un côté et la construction (à tous les sens du terme, puisqu’ils finissent par faire un mur), de l’autre. On peut supposer que pour les reprises, entre autre Chaillot qui s’annonce, le clarification aura lieu.

A noter, une anecdote,
L’air de rien, détruire, à chaque représentation, 56 briques de terre crue suppose une logistique sans faille. Il faut prévoir un jeu complet par soir, donc les prévoir à l’avance en se méfiant des variations de température… D’autant qu’il faut se garder de la chaleur des projecteurs qui peuvent sécher excessivement les briques. Il faut arriver au juste niveau de malléabilité! on admirera donc d’autant le responsable de ce qui est un petit exploit renouvelé à chaque représentation.

Une référence,
Si les chorégraphes prisent la musique de Vivaldi, le Stabat Mater les freinent un peu et ils s’y confrontent assez peu. On retiendra pourtant, le récent et superbe Estro (2014) de Thierry Malandain. Cette présente version intimiste mériterait un enregistrement qui pourrait passionner d’autres chorégraphes : l’accordéon donne une coloration populaire à la composition et le violoncelle (remarquable Marie Ythier) chante le drame sans que celui-ci écrase l’ensemble.

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